BEAULIEU, Victor-Lévy / Ferron, Jacques - Correspondances
Victor-Lévy Beaulieu/Dr Jacques Ferron Je ne suis pas un écriveux de lettres. Mais Jacques Ferron aimait en recevoir et il aimait leur répondre. Je n'étais donc absolument pas qualifié pour être un interlocuteur privilégié par-devers lui. Ça explique pour une bonne part pourquoi nos lettres furent peu nombreuses. Elles rendent toutefois compte de l'amitié que nous avions l'un pour l'autre et du compagnonnage singulieur qui fut le nôtre.
Quand Ferron mourut, ma mère et l'un de mes frères étaient en visite chez moi aux Trois-Pistoles. Ils n'y restèrent qu'une heure et firent comme Ferron quand je le rencontrais : ils n'enlevèrent pas leurs manteaux. Leur apprenant la nouvelle de la mort du plus grand écrivain contemporain du Québec, ils ne bronchèrent ni l'un ni l'autre, ma mère se contentant de dire : "On y passe tous un jour ou l'autre, bons comme méchants."
Je laissai partir ma mère et mon frère sans déplaisir et peut-être est-ce là que je regrettai enfin d'être si peu doué pour écrire des lettres . Si je l'avais été, j'en aurais reçu plusieurs autres de Jacques Ferron et, le 22 avril 1985, jour de sa mort, j'en aurais eu bien besoin pour ne pas sombrer à mon tour dans le désarroi.
Correspondances
Correspondances, 2005
ISBN 2-89583-113-0, 18.95$
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